Quel plaisir d'écouter Baloo!

Et comme le bonheur a l'air simple! "Il en faut peu pour être heureux!" en anglais dans le texte : The bare Necessities, le strict nécessaire! Pas de superflu! Et puis, en passant, ce jeu de mot, qui nous échappe avec la traduction française : bare bien proche de bear!

Résumons : "tout ce que tu as à savoir, c'est que..." : Baloo propose une sagesse pratique, c'est-à-dire que la réflexion vise à répondre à une question simple : Comment bien vivre, comment être heureux? Est-ce aussi simple que suggéré par la chanson?

Sa réponse est surprenante de tempérance (une vertu cardinale chez Platon) : il s'agit de répondre à ses besoins, et strictement à ces derniers. Remarquez : Baloo ne réclame pas le meilleur miel, l'eau la plus claire ; il se satisfait de "ce que donne la nature", sans la transformer. Remarquez que lorsqu'il saisit un régime de bananes, il n'en mange qu'une seule, nécessaire à la satisfaction de sa faim. Rien de plus. Pas de passion dévorante.

Etre heureux, pour Baloo, c'est donc faire taire la faim, la soif, et sommeiller à sa guise!

Mais cela ne suffit pas : il nous invite aussi à "prendre la vie du bon côté, rire, danser, chanter", toutes choses qui ne sont pas nécessaires à la vie, mais qui sont pour beaucoup synonymes de plaisir, et Baloo semble être passé expert pour cultiver le plaisir : regardez comme il choisit avec soin le moyen de sa satisfaction : un gros arbre pour soulager le dos qui gratte! Pour faire cesser le désagrément, le déplaisir!

Baloo est un drôle d'animal : il ne s'en tient pas à l'immédiateté de la satisfaction du corps, ne s'en tient pas au désir qui meurt pour naître à nouveau, parce qu'il a opéré une distinction entre ce qui est superflu et ce qui ne l'est pas. Cette distinction n'est pas seulement instinctive :Baloo est beaucoup plus raisonnable qu'il n'y paraît (les charmes de l'anthropomorphisme!).

Et tout cela est fort tentant, semble dessiner les contours d'un bonheur parfait...

Deux limites cependant, à mentionner, il y en a d'autres que vous avez sans doutes devinées :

- Baloo vit dans une Nature prodigue, nullement menaçante. L'ours évolue dans un "paradis perdu" dans lequel tout est en harmonie : la Nature se présente-t-elle toujours avec une mine aussi souriante? Baloo est le seul à désirer la banane, qu'en serait-il face à un autre ours qui aurait le même désir, et s'en saisirait plus rapidement, parce que plus agile? Toutes les tendances de notre ours sont trouvent immédiatement contentement : face à l'obstacle, le bonheur serait-il le même?

- Ne nous en déplaise, Baloo est un ours (drôlement rationnel pour un ours!) : quant à nous, nous sommes des hommes, c'est-à-dire pas seulement des êtres de besoins, pas seulement des êtres de désirs, cherchant à faire taire la faim ou la soif. La satisfaction des sens ne suffit pas, nous avons d'autres types de prétentions, qui ne sont pas liées au corps : par exemple, la vérité, la justice. Vouloir faire silence sur ces prétentions dans notre recherche sur le bonheur, n'est-ce pas réduire rapidement l'homme à son animalité?

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