Le mythe de Prométhée

Je n'ai pu que vous narrer une version courte du mythe de Prométhée... Laissez à nouveau votre imagination poétique voguer, voici de quoi le redécouvrir, tel que présenté dans le Protagoras de Platon. Les chiffres et les lettres que vous voyez entre crochets ne doivent pas retenir votre attention : c'est simplement ainsi que l'on se repère dans les textes anciens, ceux par exemple, de Platon et Aristote.

Ce que vous pouvez explorer, c'est la condition originelle de l'homme, mal doté par ce que nous nommerions aujourd'hui "la Nature" et la manière dont il se démarque, en héritant d'une invention divine, qui lui conférera la technique, et par là, la puissance...

Nous reverrons ce texte en classe, car il explique également la naissance du politique, dans sa seconde moitié, que je n'ai pas conservée ici.

Certains se souvenaient de la fin, terrible, de Prométhée, tous s'en souviendront je pense en contemplant le Prométhée enchaîné de Rubens.

Il fut un temps où les dieux existaient déjà, mais où les races mortelles n’existaient pas. Lorsque [320d] fut venu le temps de leur naissance, fixé par le destin, les dieux les façonnent à l’intérieur de la terre, en réalisant un mélange de terre, de feu et de tout ce qui se mêle au feu et à la terre. Puis, lorsque vint le moment de les produire à la lumière, ils char­gèrent Prométhée et Épiméthée de répartir les capacités entre chacune d’entre elles, en bon ordre, comme il convient. Épiméthée demande alors avec insistance à Prométhée de le laisser seul opérer la répartition : « Quand elle sera faite, dit-il, tu viendras la contrôler. » L’ayant convaincu de la sorte, il opère la répartition. Et dans sa répartition, il dotait les uns de force sans vitesse et [320e] donnait la vitesse aux plus faibles ; il armait les uns et, pour ceux qu’il dotait d’une nature sans armes, il leur ménageait une autre capacité de survie. A ceux qu’il revêtait de petitesse, il donnait des ailes pour qu’ils puissent s’enfuir ou bien un repaire souterrain ; ceux dont il augmentait la taille [321a] voyaient par là même leur sauvegarde assurée ; et dans sa répartition, il compensait les autres capacités de la même façon. Il opérait de la sorte pour éviter qu’aucune race ne soit anéantie ; après leur avoir assuré des moyens d’échapper par la fuite aux destructions mutuelles, il s’arrangea pour les prémunir contre les saisons de Zeus : il les recouvrit de pelages denses et de peaux épaisses, protections suffisantes pour l’hiver, mais susceptibles aussi de les protéger des grandes cha­leurs, et constituant, lorsqu’ils vont dormir, une couche adaptée et naturelle pour chacun ; il chaussa les uns [321b] de sabots, les autres de peaux épaisses et vides de sang. Ensuite, il leur procura à chacun une nourriture distincte, aux uns l’herbe de la terre, aux autres les fruits des arbres, à d’autres encore les racines ; il y en a à qui il donna pour nour­riture la chair d’autres animaux ; à ceux-là, il accorda une progéniture peu nombreuse, alors qu’à leurs proies il accorda une progéniture abondante, assu­rant par là la sauvegarde de leur espèce.

Cependant, comme il n’était pas précisément sage, Épiméthée, [321c] sans y prendre garde, avait dépensé toutes les capacités pour les bêtes, qui ne parlent pas ; il restait encore la race humaine, qui n’avait rien reçu, et il ne savait pas quoi faire.

Alors qu’il était dans l’embarras, Prométhée arrive pour inspecter la répartition, et il voit tous les vivants harmonieusement pourvus en tout, mais l’homme nu, sans chaussures, sans couverture, sans armes. Et c’était déjà le jour fixé par le destin, où l’homme devait sortir de terre et paraître à la lumière. Face à cet embarras, ne sachant pas comment il pouvait pré­server [321d] l’homme, Prométhée dérobe le savoir technique d’Héphaïstos et d’Athéna, ainsi que le feu - car, sans feu, il n’y avait pas moyen de l’acqué­rir ni de s’en servir -, et c’est ainsi qu’il en fait présent à l’homme. De cette manière, l’homme était donc en possession du savoir qui concerne la vie, mais il n’avait pas le savoir politique ; en effet, celui-ci se trouvait chez Zeus. Or Prométhée n’avait plus le temps d’entrer dans l’acropole où habite Zeus, et il y avait en plus les gardiens de Zeus, qui étaient redoutables ; mais il parvient à [321e] s’intro­duire sans être vu dans le logis commun d’Héphaïs­tos et d’Athéna, où ils aimaient à pratiquer leurs arts, il dérobe l’art du feu, qui appartient à Héphaïstos, ainsi que l’art d’Athéna, et il en fait présent à l’homme. C’est ainsi que l’homme se retrouva bien pourvu pour sa vie, et que, par la suite, à cause d’Épi­méthée, [322a] Prométhée, dit-on, fut accusé de vol.

Puisque l’homme avait sa part du lot divin, il fut tout d’abord, du fait de sa parenté avec le dieu, le seul de tous les vivants à reconnaître des dieux, et il entreprit d’ériger des autels et des statues de dieux ; ensuite, grâce à l’art , il ne tarda pas à émettre des sons articulés et des mots, et il inventa les habita­tions, les vêtements, les chaussures, les couvertures et les aliments qui viennent de la terre. Ainsi équipés, les hommes vivaient à l’origine dispersés, et [322b] il n’y avait pas de cités ; ils succombaient donc sous les coups des bêtes féroces, car ils étaient en tout plus faibles qu’elles, et leur art d’artisans, qui consti­tuait une aide suffisante pour assurer leur nourriture, s’avérait insuffisant dans la guerre qu’ils menaient contre les bêtes sauvages.

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