Mouton à cinq pattes?

En étudiant la manière dont il est possible de saisir le vivant, nous nous sommes arrêtés sur la lecture aristotélicienne, et nous avons mis en lumière que chaque être vivant est animé par une âme, qui le fait tendre vers sa perfection, et que la Nature elle-même tend à l'harmonie. Tout ce qu'elle produit est en vue d'une fin (nous avons dit qu'il s'agissait d'une vision téléologique) et les êtres les plus divers sont rattachés harmonieusement les uns autres. Aristote peut dès lors, observant la Nature, établir des régularités, en d'autres termes, distinguer ce qui est nécessaire et constant, ou : dégager la forme des êtres.

Mais que se passe-t-il quand la Nature manque le but qu'elle poursuivait?

Aristote souligne dans les Parties des animaux (IV, 4) que "le monstre est un phénomène qui va à l’encontre de la généralité des cas mais non pas à l'encontre de la nature envisagée dans sa totalité". En d'autres termes, le monstre fait pleinement partie de la Nature, mais il en constitue un "raté", il est "contre le cours le plus ordinaire de la Nature" (De la génération des animaux, IV, 3) : rien qui ne puisse toutefois remettre en cause l'ordre qui se manifeste dans toutes les parties de l'univers.

Il est réductible à une résistance de la matière, résistance qui est accidentelle dans la mesure où la matière est essentiellement pure indétermination. Le monstre n'est pas une énigme, il est classifié,

Si la tératologie ne se constitue en tant que science à part entière que bien plus tard, Aristote signe la première grande tentative pour comprendre les faillites de la finalité, non en les excluant de la Nature, en les considérant comme des ruptures, mais comme exceptions à la régularité. Exit les conceptions fantaisistes en cours à son époque, les hommes à tête de bœuf et autres fantasmagories.

Exit, la pensée finaliste? nous commençons tout juste à étudier l'animal-machine cartésien, qui tranche avec la pensée aristotélicienne en réduisant le vivant à l'étendue, délivrant ainsi la possibilité de l'expliquer sans recours à un autre principe que celui de la matière. Mais il n'est pas impossible que cette appréhension du vivant présente elle-même des limites, et que le finalisme n'ait pas dit son dernier mot... Rendez vous au prochain cours!

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