Nuit étoilée sur le Rhône (1888)

Nuit étoilée sur le Rhône (1888)

Je vis donc comme un ignorant, qui sait une seule chose avec exactitude : je dois achever en quelques années une tache déterminée ; point n’est besoin de me dépêcher outre mesure, je dois me tenir à mon travail avec calme et sérénité, aussi régulièrement et ardemment que possible ; le monde ne m’importe guère, si ce n’est que j’ai une dette envers lui, et aussi l’obligation parce que j’y ai déambulé pendant trente année, de lui laisser par gratitude quelques souvenirs sous la forme de dessins ou de tableaux qui n’ont pas été entrepris pour plaire à l’une ou l’autre tendance, mais pour exprimer un sentiment humain sincère. Donc mon œuvre constitue mon unique but.

C'est avec grand plaisir que je reçois la première proposition d’œuvre pour notre cours consacré à l'art, avec cette Nuit étoilée sur le Rhône, de Vincent Van Gogh (1888).

Posons les règles que nous pouvons appliquer en ces commencements de réflexion : il ne s'agit pas de dire seulement "j'aime" ou "je n'aime pas" - chose que nous faisons à l'emporte-pièce assez largement dans la quotidienneté - mais de s'interroger sur la spécificité du jugement esthétique, sur la conversion du regard nécessaire à la contemplation. Regardons nous une œuvre comme un objet? Comme l'on regarde un paysage? Que disons nous en disant "c'est beau!"?

Avec Van Gogh, nous avons la chance d'être aussi confronté à un épistolier, qui, tout au long de sa correspondance avec son frère Théo, n'a cessé de mettre en mots son rapport au monde, à la toile, à la création, et qui peut nous éclairer sur le travail de l'artiste. La citation en début d'article est extraite d'une lettre de 1882.

Plusieurs éléments à méditer dans ce texte : le rapport de l'artiste au travail. On est loin de la représentation commune d'un Van Gogh "fou". On est loin aussi de l'artiste dont la création viserait à "plaire" ou à "faire passer un message". En revanche, l'on se saisit de la spécificité du métier : quel autre pourrait ainsi dire avoir une "tache déterminée", existentielle? Que le peintre "donne à voir" ne signifie pas qu'il signifie, précisément, quelque chose en plus...

Enfin, Van Gogh est un peintre qui a fait parler les philosophes : Heidegger consacre une étude à ses Souliers, et qui y voit un mode d'éclosion de la vérité, mais nous en reparlerons.

Je termine cet article avec La Nuit étoilée, peinte par le même une année plus tard : oui, c'est bien le même peintre... Est-ce la "même" nuit?

Je vous invite enfin à prendre le temps de la contemplation, à ne pas hésiter à poser vos questions en commentaires, ou à m'envoyer des œuvres sur lesquelles nous pourrions nous attarder.

La Nuit étoilée (1889)

La Nuit étoilée (1889)

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